"Les contes de fées ont pour caractéristique de poser des problèmes existentiels en termes brefs et précis. L’enfant peut ainsi affronter ces problèmes dans leur forme essentielle, alors qu’une intrigue plus élaborée lui compliquerait les choses. Le conte de fées simplifie toutes les situations. Ses personnages sont nettement dessinés ; et les détails, à moins qu’ils ne soient très importants sont laissés de côté. Tous les personnages correspondent à un type ; ils n’ont rien d’unique." Voilà comment le Psychiatre et psychanalyste américain, Bruno Bettelheim (1903-1990) présentait l'importance de l'approche des contes de fées au regard des théories psychanalytiques. Son livre Psychanalyse des Contes de fées, dans lequel il applique aux contes de fées la théorie œdipienne, reste une référence en la matière.
La puissance des écrits de
Bettelheim réside dans ce pouvoir qu’il a de rendre limpides des concepts qui, bien qu’évidents
pour les psychanalystes, demeurent obscurs pour les parents en l’absence d’explications. Ainsi,
Cendrillon raconte le conflit existant entre une petite fille et sa mère à l’aide du procédé qui
consiste à présenter la mère comme une méchante marâtre. C’est là un thème qui entre en
résonance avec le sentiment d’impuissance des petites filles, lequel est ensuite surmonté grâce à
la « bonne mère », une marraine fée, qui vient au secours de Cendrillon et la soutient dans son
désir de rencontrer le prince. Bettelheim a aussi mis en lumière, dans ce conte, l’importance de
la rivalité entre frères et soeurs dans la famille, en montrant la jolie mais timide Cendrillon livrée
sans défense à ses demi-soeurs. Ce conflit est lui aussi résolu par l’intervention de la bonne fée,
ce qui satisfait profondément n’importe quelle petite fille. Bettelheim pensait que le plaisir
commun éprouvé à comprendre ensemble le sens de ces histoires pouvait rapprocher le parent et
l’enfant.
On peut trouver aussi Cendrillon associée au complexe d'Electre. En effet, Cendrillon, tout comme Le Petit Chaperon rouge – mais de façon diamétralement opposée - présente le passage de l’état enfantin à l’état adulte, comme presque tous les personnages féminins de conte. Blottie frileusement auprès de son feu, c’est une vestale, donc une vierge qui redoute – et rêve aussi – de devenir une femme. Ses relations difficiles avec sa mère – souvent devenue une marâtre dans de nombreuses versions – révèlent un complexe d’Électre, un amour jaloux et exclusif du père ; un stade encore enfantin dans l’évolution sentimentale. Enfin, l’essai de la pantoufle a une connotation sexuelle évidente très adoucie dans certaines versions, très appuyée chez les frères Grimm qui nous dépeignent les méchantes sœurs se mutilant les pieds pour subir l’épreuve et saignant abondamment…
L’intervention du surnaturel et de la "bonne fée" dans la transformation de Cendrillon est un des éléments du succès du conte. On verra que rationaliser cette intervention ou l’hypertrophier ad nauseam peuvent aboutir au même résultat qui est de supprimer cette part de poésie profonde et discrète.
Enfin
Cendrillon symbolise dans la mythologie populaire l'ascension sociale fulgurante, généralement par mariage (d'amour), de la jeune fille belle et méritante, mais très pauvre, et qui le serait restée sans un "coup de baguette magique", qui peut prendre diverses formes. Cendrillon, Cinderella, Cenerentola, Aschenputtel, ont fait rêver des générations de jeunes Européennes ; la "littérature du cœur" ne s'y est pas trompée, qui compte encore de nos jours un bon nombre de romans dont l'héroïne est une Cendrillon moderne (coll. Harlequin, etc.).
Des titres comme : La Cendrillon des Neiges, La Cendrillon des Dunes, Cendrillon africaine, La Cendrillon des Mascareignes, Une Cendrillon annamite, La Cendrillon tibétaine, montrent assez que l'on trouve des Cendrillon partout ; elles peuplent même l'histoire de France (Jeanne de France, Cendrillon des Valois), et, avec un certain succès les romans policiers (Piège pour Cendrillon, de S. Japrisot, 1986)
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